Bonus magazine n°100

Poème

Le chant des cimes

L’éphémère des saisons et la lenteur des siècles
Se perdent au labyrinthe de mon grand corps couché
Je suis l’aube et le vent je suis l’éternité
Immobile et mouvante sous la lumière en cercles

L’éphémère du soleil et les flocons de neige
Fleurissent à mes cheveux et d’hiver en été
Je suis le fil du temps je suis l’éternité
Je m’endors sans témoin dans le silence entier
Je m’habille d’orages bleus et d’éclairs en arpège

L’éphémère des baptêmes donne des noms à mes voies
Le beau Palas d’un comte l’oeuvre d’un ouvrier
Déposent la même empreinte sans effet sur mes lois
Entre les mailles filées des drapeaux et des croix
Se tricotent sans tricher le vide et les rochers
Je suis un miroir blanc je suis l’éternité

L’éphémère des passages et des souffles altérés
Traverse mes chemins comme une destinée
Au premier lac qui vibre au rêve d’être loin
Se dispersent l’ennui et vos menus chagrins
Je viens du fond des âges à vos yeux arrêtée
À l’instant où vos pas grignotent mes vallées
Je suis le firmament je suis l’éternité

L’éphémère des conquêtes me chargeant d’idéal
Roule sur mes flancs dociles négligeable bouée
Dans les flots indomptés de mes profondeurs noires
Rien ne s’inscrit jamais que la terre n’ait créé
Je suis le chant de l’air je suis l’éternité
Mais vos itinéraires n’écrivent que votre histoire
Au cou de mes sommets tant de cordes en colliers
Et de coups de piolet maquillent mes verticales

L’éphémère de ces hommes qui n’m’ont rien demandé
A transformé mes crêtes en espace à chérir
Ils ne m’ont rien donné que leur peur et leur rire
Ceux qui ont pris pour guide l’étoile de leur désir
J’étais le temps d’un jeu leur terre de liberté
Et sous mon ciel géant rien n’était impossible
Je brillais dans leurs yeux cernés d’inaccessible
Dans mes bras gris safran ils atteignaient leur cible
Je suis une âme d’enfant je suis l’éternité

L’éphémère de la vie n’a pas d’échappatoire
Et ne laisse derrière lui qu’une ombre à la mémoire
De ceux qui restent encore à respirer mes lignes
Sans me soucier d’hier dans le petit matin
Je m’étire dans la brume au tempo des nuées
Des nuages disloqués dans l’éclat des ravins
Eux s’écorchent les mains et n’attendent qu’un signe
Pour rejouer l’aventure des pionniers silencieux
Partis vers le néant avec la fièvre aux yeux
Je suis les liens du sang je suis les Pyrénées

Texte

Salomé Cazenave

Texte lu par Salomé Cazenave